Nous nous sommes mis à causer tous les deux comme chez Mme de Charmoy. Il se montre si simple, si jeune avec moi, que j’oublie toujours, pour ma grande tranquillité, qu’il est un homme célèbre.
Je voyais bien que l’on me regardait beaucoup, car je portais un amour de robe de printemps, gris très pâle. Déjà je l’avais remarqué quand je circulais avec papa ; et « mon succès », selon l’expression traditionnelle, m’avait alors laissée fort indifférente. Mais maintenant, à cause de lui, je me sentais contente d’être jolie.
Jeanne assure que les hommes — même les meilleurs — aiment toujours à être vus avec une femme que l’on remarque…, pour le bon motif, bien entendu, comme dit Louise de Charmoy.
Nous avions commencé par causer sculpture ; mais j’ai été étonnée de m’apercevoir tout à coup que je lui parlais de nous, des enfants, de ce que je pensais, de mes livres préférés, lui demandant son opinion « comme à un vieil ami ».
— C’est cela ! comme à un vieil ami, a-t-il répété, répondant à mon exclamation.
Il y avait une ombre sur son visage ; mais il me regardait très doucement.
A ce moment, nous avons croisé un groupe de dames fort élégantes, des Espagnoles avec des yeux superbes.
Aussitôt, le souvenir de Mlle d’Alvaro m’est revenu à la pensée. Un petit frisson m’a secouée, et presque malgré moi, — soudain, à tout prix, je voulais savoir, — je me suis écriée :
— Est-ce que vous connaissez Mlle d’Alvaro ?
Il a paru un peu surpris de ma brusque question.