— Alors, maman, c’est toute une éducation à faire. Il ne sait pas danser, il faut que je le lui apprenne ; il ne sait pas causer, il faut que je le lui apprenne !… Ce n’est plus un mari que vous me donnez, c’est un élève…
Et je me suis penchée suppliante vers maman :
— Autrefois, vous répétiez toujours que j’aurais besoin d’un mari très sage !… Je vous en supplie, donnez-moi M. Chambert !… J’ai tellement confiance en lui !… Lui seul me rendra tout à fait raisonnable !…
Les larmes m’ont empêchée de continuer. Maman paraissait toujours perplexe.
— Je ne comprends plus rien à tout cela. Mme de Rouvres sort d’ici. Elle me dit que son fils est fort épris, que toi-même, au Vernissage, as été charmante pour lui ! Et maintenant…
— Oh ! maman, laissez-le en être pour son espérance… Je n’ai pas été charmante pour lui, je l’ai simplement salué avec un sourire aimable parce que j’étais contente de savoir que M. Chambert n’était pas fiancé à Mlle d’Alvaro…
J’ai craint tout à coup que maman ne me demande comment je l’avais appris. Mais elle était trop préoccupée pour y songer. Elle a murmuré seulement comme à elle-même :
— M. Chambert ! Toujours M. Chambert !… Certes, il y a peu d’hommes que j’estime autant…
Elle s’est tue encore… J’écoutais de toute mon âme, espérant un peu ; mais elle a repris à haute voix :
— Enfin, mon enfant, M. Chambert ne pense peut-être pas le moins du monde à toi… Nous ne pouvons cependant aller lui adresser une demande en mariage !