Mais au moins, puisque je serai mariée, je pourrai enfin lire ses ouvrages, à lui ; ce sera une compensation, — si faible !

Je me répétais toutes ces choses, hier soir, regardant les nuages qui couraient vite dans le ciel. Papa, seul dans le salon, tenait un journal ; mais il ne lisait pas, car je voyais toujours la même page sous son regard. Tout à coup, il m’a appelée :

— Paule !

Je suis venue, j’ai pris un petit pliant, et je me suis assise tout près de lui. Il caressait mes cheveux sans rien dire, tandis que je restais immobile, les mains croisées sur mes genoux, ayant peur de ce qu’il pensait…

Au bout d’un instant, il a commencé, et sa voix était pleine de tendresse :

— Alors, ma petite Paule veut avoir un mari sage pour elle et pour lui ?

— Oh ! oui, papa ! ai-je murmuré.

— Et ce pauvre marquis de Rouvres qui était si épris…

J’ai mis mes bras autour du cou de papa.

— Ne vous tourmentez pas pour lui. Je suis sûre qu’il se consolera… Il chassera huit jours de suite ; et après, il sera incapable de regretter quelque chose, à commencer par moi !