— Chut, Paulette ! a dit papa, tu ne dois pas parler ainsi !
Je me suis tue volontiers. Mes craintes devenaient moins vives, car je sentais que, malgré tout, papa était bien disposé pour moi ; il me fallait absolument le gagner à ma cause !
Avec maman, je ne peux jamais bien m’expliquer ; nous sommes très vives toutes les deux ; comme elle est la mère, je dois la laisser parler, et ensuite elle ne me donne pas le temps de lui répondre… Tandis qu’avec papa, c’est moi qui parle…
La nuit tombait toute grise.
Nous étions toujours seuls dans le salon… J’ai appuyé ma tête sur son épaule et je lui ai dit bien bas :
— Est-ce que vous trouvez ridicule, papa, que je désire épouser M. Chambert ?
— Ridicule ?… Oh ! non, mon enfant, M. Chambert est un homme d’une intelligence remarquable, et, ce qui vaut mieux encore, un homme de grand cœur.
J’ai fermé les yeux pour mieux savourer cette joie d’entendre parler ainsi de lui… Et puis, j’ai repris toujours bas :
— Une honnête femme, n’est-ce pas, est celle qui aime son mari ?
Papa était si surpris de ma question qu’il m’a répondu simplement :