Mme de Simiane, le voyant si résolu, lui a demandé tout à coup si ce n’était pas mon propre bonheur qu’il renonçait à faire… Il a un peu hésité… Et ensuite, n’a-t-il pas répondu qu’il serait coupable de profiter d’un enthousiasme de jeune fille ! car il savait bien qu’en réalité je le considérais seulement comme un ami, un vieil ami, a-t-il répété.
Oh ! comme il avait retenu cette phrase que j’avais dite sans réfléchir, sans y attacher d’importance, pour mieux exprimer toute la confiance qu’il m’inspirait ! Et c’était bien mal à lui de parler de la sorte, de m’accuser d’être enthousiaste, quand, au contraire, je m’efforce sans cesse d’être raisonnable, posée, calme !…
Enfin, Mme de Simiane, électrisée par la résistance, a dû être bien éloquente, car elle a triomphé de toutes les objections :
— Et, m’a dit maman, avec un sourire de tendresse comme les mères savent en trouver…, si tu veux toujours…
Ah ! si je voulais !!!…
J’avais écouté haletante, incapable de trouver un mot pour questionner ; mais quand maman m’a parlé ainsi, j’ai retrouvé toute ma voix pour lui crier :
— Oh ! que vous êtes bonne, maman ! Oh ! oui !… je veux !…
J’ai écrit à Jeanne et à Suzanne tout de suite. Mon bonheur m’étouffait ; je ne pouvais le garder pour moi seule.
17 mai.
Il est en bas, avec maman et papa ! Je l’ai entendu arriver, et je ne puis plus rester en place.