Elle, la fillette, ne songeait à rien de pareil. Une exclamation charmée venait de lui échapper à la vue d’une jeune femme qui causait au milieu d’un groupe.
— Oh ! maman, vois donc Cécile ! Elle est de retour, enfin ! Comme elle a l’air gaie et contente !… Son mari cause avec le capitaine de Boynet.
Une amie de couvent que cette Cécile Auclerc, mariée aux premiers jours du carême avec un grand garçon un peu quelconque, officier consciencieux et joyeux camarade, et qui depuis lors avait voyagé en Italie. Elle aussi avait tout de suite aperçu Agnès et venait au-devant d’elle, les deux mains tendues, laissant, après lui avoir adressé des paroles de politesse, Mme Vésale se répandre en exclamations et compliments avec les femmes qui l’entouraient.
— Cécile, est-ce bien toi ?… Vraiment ?… Depuis quand es-tu de retour ? interrogeait Agnès, de sa voix de cristal. Pourquoi ne m’as-tu pas écrit pour m’annoncer ton arrivée ?…
— Je suis à Beaumont depuis hier soir seulement.
— Alors, tu ne m’avais pas oubliée ?… Tu m’as si peu écrit pendant ton voyage. Et des lettres tellement courtes !… La Mère Supérieure s’est plainte de ton silence, elle aussi. Tu ne lui as pas donné de tes nouvelles, malgré ta promesse…
Cécile eut un léger sourire, tout plein d’une foule de choses qui échappèrent à sa petite amie.
— C’est que…, vois-tu, Agnès, ne te scandalise pas, mais vrai, bien vrai, depuis six semaines, je n’ai guère eu de loisirs pour penser au couvent ni à la chère Mère Supérieure !
— Ni à moi !
— A toi, si…, puisque je t’ai écrit… Ne m’en veux pas, vilaine jalouse, d’avoir écourté ma correspondance. Dans les voyages de noces, le temps passe si vite ! On n’oublie pas ses amies, seulement…