— A quelle époque aurons-nous cette conférence ?

— Mais dans quelques semaines, en même temps que l’exposition d’horticulture. Mon mari s’est arrangé avec nos autorités, et a servi d’intermédiaire entre elles et M. Morère. Il fera sa conférence dans la salle des Concerts, à quatre heures.

— Ce sera parfait ainsi ! approuva Mme Darcel. Mon fils Paul pensait, en effet, qu’il ne parlerait pas au théâtre, mais plutôt dans la rotonde de la place Boutteville… Et c’est au cher commandant que nous devons la bonne fortune de voir venir ce M. Morère, qui est tout à fait célèbre comme conférencier ? Mon fils Paul me le disait encore ces jours-ci… Mais comment le commandant a-t-il pu l’amener dans notre petite ville ?

Mme Vésale, charmée de voir son importance reconnue, fit d’un ton détaché :

— Son père était un ami du commandant, et il s’est mis tout de suite à la disposition de mon mari, quand celui-ci lui a demandé de venir se faire entendre à Beaumont… C’était après que nous avions pu juger de sa très haute valeur chez la marquise de Bitray.

— Peste ! ma chère amie, quelle belle connaissance vous avez là à Paris ! interrompit Mme Salbrice. Vous nous l’aviez toujours cachée… Mais, après tout, la marquise de Bitray, n’est-ce pas cette noble dame qui fait payer l’entrée de son hôtel à ceux qui veulent écouter les conférenciers qu’elle y invite ?

— Oui, quand le conférencier parle pour une bonne œuvre, riposta Mme Vésale.

L’excellente Mme Darcel intervint doucement selon sa coutume, quand elle apercevait un nuage à dissiper.

— Est-ce aussi en faveur d’une œuvre de bienfaisance que M. Morère fera son discours ? Mon fils Paul ne m’a pas renseignée à ce sujet.

— Mais, chère madame, je ne puis vous le dire au juste. M. Morère a prié mon mari de garder le silence sur ce point, voulant se conserver toute sa liberté encore quelques jours.