La commandante était forcément discrète. Elle eût été bien en peine, et pour cause, de dire quel serait le sujet choisi par André Morère. Elle ne fut pas autrement fâchée que l’on n’insistât pas sur ce point, et que Mme Darcel conclût très aimable :
— Ce sera sûrement fort intéressant… Et le commandant a eu là une excellente idée. Nous passerons, grâce à lui, une heure charmante !
— Espérons-le tout au moins, jeta Mme Salbrice avec un petit rire railleur. Les journalistes sont si forts pour se faire mousser les uns les autres ! L’Écho de Beaumont, en nous annonçant votre célèbre conférencier, a déjà publié sur son compte une biographie élogieuse à outrance. Il aurait dû y joindre un portrait du personnage. C’eût été complet ! Est-ce un beau garçon au moins, ce Morère ?
— Oui, est-il bien ? répéta en écho la colonelle. On aime toujours mieux, n’est-ce pas ? voir quelqu’un de bien plutôt que quelqu’un de mal !
Mme Vésale approuva avec indulgence :
— Évidemment. M. Morère a un peu plus d’une trentaine d’années. Il est plutôt grand, mince, distingué…
— Comment sont ses cheveux, ses yeux ? lança Cécile un peu maligne.
— Ma chère, les femmes de mon âge ne se préoccupent pas de pareilles bagatelles ! Interrogez sur ce sujet, s’il vous intéresse, Agnès ou le commandant.
Le rire mordant de Mme Salbrice résonna.
— Tiens, tiens… Elle le connaît aussi, le beau conférencier, la petite Agnès ! Est-elle aussi charmée de lui que ses parents ? Nous allons le lui demander tout à l’heure quand elle arrivera…