Mais, ici, un jeune officier ayant passé, — de très haute mine sous son dolman bleu clair, — Mme Salbrice déclara que ce M. de… avait une conduite déplorable ! Elle le savait pertinemment (c’était son mot). Et comme tout le groupe féminin tendait l’oreille avec curiosité, Mme Salbrice voulut bien confier à ses « amies » l’aventure tout simplement « scandaleuse » dont M. de… avait été le héros, ainsi que le lui avait raconté une personne autorisée ; ce qui eut pour effet d’amener des exclamations de vertueuse indignation de la part de la commandante, en particulier. Cécile, seule, prit bravement la défense du jeune chasseur, camarade de son mari, au risque de s’attirer les foudres de Mme Salbrice. Mais elle interrompit son plaidoyer en voyant apparaître le lieutenant en compagnie du docteur Paul.

— Ah ! enfin ! dit-elle, essayant de prendre un air fâché. — Mais ses yeux ravis parlaient malgré elle. — C’est gentil, Édouard, de me laisser ainsi ! Monsieur Paul, il est bien heureux que vous me le rameniez, sans quoi, il m’aurait abandonnée toute l’après-midi !

— C’est que je te savais en trop bonne compagnie pour t’ennuyer de moi ! fit le lieutenant très aimable, s’asseyant auprès d’elle. Et puis tu écoutais la musique.

— Elle est, en effet, délicieuse à écouter… Juges-en !

Et Cécile éclata de rire, voyant son mari froncer les sourcils au bruit aigrelet d’une polka, jouée par les seize clarinettes municipales.

— Monsieur Paul, cette harmonie vous fait fuir ?… Vous ne restez pas ? ajouta-t-elle, voyant que le jeune homme demeurait debout, contemplant le groupe des dames d’un œil peu ravi. Ne vous sauvez pas si vite. Le concert va finir. Nous attendons Agnès et nous partirons avec elle.

— Mlle Vésale va venir ? interrogea-t-il ; et il prit une chaise.

La commandante expliqua, très gracieuse :

— Elle est allée avec son père voir les premiers préparatifs de l’Exposition d’horticulture. Elle ne peut tarder maintenant.

Le docteur s’inclina et dit de sa voix un peu rude :