— Je crois que cette Exposition sera fort agréable. Elle coïncidera, paraît-il, avec la conférence d’André Morère. Nous allons donc entendre à Beaumont la bonne parole ! Car j’aime à croire que M. Morère traitera son public de Beaumont comme il a traité les étudiants, et non comme ses lecteurs et spectateurs parisiens, réservant à ceux-ci le piment.
La commandante regarda le jeune homme, cherchant à le comprendre. Elle qui lisait tout juste l’Écho de Beaumont et les Annales des Missions n’avait pas la moindre idée du bagage littéraire d’André Morère, dont elle ignorait même le nom avant la fameuse conférence ; et, à tout hasard, elle répliqua doctement :
— M. Morère ne dira, soyez-en sûr, que d’excellentes choses, ainsi qu’il en a dit chez la marquise de Bitray… D’ailleurs, mon mari aura l’occasion d’aborder cette question avec lui, puisque nous attendons sa visite… C’est un homme très sérieux, d’une grande hauteur de pensée et de sentiment ! Le commandant l’apprécie beaucoup.
M. Paul eut un geste vague — doute ou approbation, — tandis que Mme Salbrice s’exclamait :
— Eh ! docteur, prenez garde ! Ne touchez pas à la reine !… Ah ! voilà notre petite Agnès… Je suis curieuse de savoir son opinion sur l’illustre Morère !
Agnès arrivait, en effet, toute fraîche dans sa robe de batiste à fines raies bleu pâle et blanches, marchant entre son père et le vieux M. Detreilles, une des gloires de Beaumont, tant il promenait alertement ses quatre-vingts ans partout où il trouvait quelque chose à voir. Pour l’instant, il était ravi de la seule perspective de l’Exposition d’horticulture et se mit à en raconter les merveilles futures, tout en s’excusant d’en avoir si longuement entretenu Mlle Agnès, au risque de l’ennuyer.
— Mais ne croyez pas cela, protesta-t-elle tout de suite avec son limpide sourire, j’aime trop les fleurs pour me lasser jamais d’en entendre parler !
— C’est trop juste. Cette petite affectionne ses sœurs… Rien de plus naturel ! déclara Mme Salbrice, qui avait une sympathie particulière pour la jeune fille. Et maintenant, faites-moi donc la grâce, Agnès, ma mie, de me dire comment votre jeune sagesse juge André Morère ?
Le blanc visage se rosa jusqu’à la racine des cheveux, ce qui fit passer une ombre sur les traits sévères du docteur Paul. Et un imperceptible frémissement tremblait dans sa voix quand elle répondit, très simple :
— Je suis trop ignorante pour me permettre de donner mon opinion sur M. Morère. Mais j’ai trouvé sa conférence trop courte !