— Tiens…, tiens…, voyez-vous cela !… un vrai charmeur alors qu’André Morère ! Mesdames, méfions-nous.

Là-dessus, le commandant, sans remarquer les signes de sa femme, les sourcils froncés du docteur, la mine un peu assombrie de Mme Darcel, recommença son éternel dithyrambe en l’honneur d’André Morère. Toutes les dames répétèrent les phrases déjà faites sur lui, tandis qu’Agnès répondait aux questions de « mon fils Paul » sur l’Exposition d’horticulture ; et la conversation aurait pu se poursuivre longtemps ainsi, avec la même parfaite monotonie, si l’harmonie municipale n’avait enfin clos son concert par une suite d’accords retentissants… Il y eut alors échange de saluts, de paroles aimables, de sourires à l’avenant, et le groupe sympathique se dispersa lentement, le docteur Paul accompagnant sa mère, après s’être incliné très bas devant la petite Agnès.

Celle-ci revenait au logis, marchant devant sa mère, auprès de Cécile, sans s’apercevoir que son amie l’observait ; et elle tressaillit quand la jeune femme, à brûle-pourpoint, lui demanda :

— Qu’est-ce que tu as, Agnès ?

— Ce que j’ai ?… mais rien…

Elle levait, étonnée, vers Mme Auclerc ses yeux où, cependant, flottait peut-être le reflet d’un rêve.

— Si ! tu as quelque chose… Tu as un air de jeune fille qui songe à son amoureux.

— Oh ! Cécile ! fit Agnès, scandalisée, les joues tout de suite brûlantes.

— Allons, petite fille, ne rougissez pas pour cela… Il est vrai que les couleurs vous vont très bien. Depuis quelque temps, tu es jolie comme un Amour… J’ai presque envie de dire comme une petite fiancée !

— Cécile, je t’en prie…