— Tais-toi, Cécile, oh ! tais-toi !
Le mot jaillit de ses lèvres tellement pareil à un cri que son amie la regarda étonnée, et que la commandante gronda mécontente :
— Eh bien, qu’est-ce donc qui te prend, Agnès ?
— Elle proteste parce que je la taquine ! expliqua Cécile en hâte, pour détourner de son amie la semonce déjà toute prête dans le cerveau de la commandante.
Celle-ci, d’ailleurs, n’insista pas, et Cécile, sans crainte d’être entendue, put glisser à l’oreille d’Agnès une affectueuse question :
— Tu ne m’en veux pas ?…
— Oh ! non, pas du tout !
Et une telle lumière luisait dans les prunelles bleues, que Cécile partit sûre de n’avoir fait nulle peine à sa petite amie.
Ah ! non certes, Agnès n’en voulait pas à la jeune femme. Au contraire même, avec une bizarre impression de reconnaissance, elle songeait encore à ses paroles, un peu plus tard, quand sa mère lui ayant donné toute liberté, elle descendit dans le jardin dont la solitude l’attirait.
Lentement, le soleil s’effaçait derrière les cimes verdoyantes des arbres qui fermaient l’horizon. Un reflet rose emplissait l’infini clair à travers lequel se dressait la flèche ajourée de la cathédrale ; et ce même reflet charmant baignait les allées droites, poudrées de sable, les bordures de buis soigneusement taillées, les plates-bandes fleuries, distillant leurs parfums dans la brise chaude. Agnès s’assit à sa place favorite, dans le repli discret d’une allée d’où la vue s’allongeait loin vers les perspectives riantes des massifs ; et, n’ouvrant pas son livre, elle demeura doucement songeuse, son regard de petite vierge perdu dans le bleu mourant du ciel où flottait la forme neigeuse d’un frêle nuage.