— C’est que nous n’en avons pas l’habitude, avoua Cécile, dont les joues se rosèrent davantage.
Mme Vésale marchait un peu en arrière avec une bonne vieille dame, la mère du colonel. Et Agnès questionna encore :
— Alors, tu es contente de ton voyage ? Tu ne t’es pas ennuyée, loin de tout ton monde ?
— Ennuyée !… Est-ce que j’en ai l’air ?
— Non, pas du tout…; au contraire… Non, tu as seulement changé de figure… Je ne retrouve plus tes yeux du Sacré-Cœur…
La jeune femme eut un sourire indéfinissable sur ses lèvres rondes et fortes ; et, d’un ton de plaisanterie, une flamme courte au fond du regard, elle dit :
— C’est que j’ai vieilli !… Je porte le poids de la vie conjugale… Tu verras cela plus tard, Agnès, ma mie.
Une rougeur courut sous la peau transparente d’Agnès.
— Oh ! j’ai encore du temps devant moi !
— Du temps…, hum !… A dix-huit ans ! Agnès, ton heure sonnera peut-être bientôt… N’aie pas l’air si effrayée… Je t’assure qu’on n’est pas malheureuse du tout quand on est mariée !… A distance, on s’effarouche un peu…, parce qu’on ne sait pas…; mais le mariage est, en somme, plus terrible de loin que de près… Tu le comprendras toi-même un jour ou l’autre, mon cher cœur…, quand tu aimeras !