— Par le train de deux heures trente. J’irai l’attendre à la gare.
— Et vous reviendrez ici tout de suite ?
— Je ne sais. Ce sera comme il le préférera. Ne faisant à Beaumont qu’une simple apparition, il voudra peut-être voir tout de suite ces messieurs du Comité pour s’entendre avec eux. Sa chambre sera prête, n’est-ce pas, Sophie, au cas où il se déciderait à coucher ici ?
Mme Vésale eut un léger haussement d’épaules devant l’inutilité de cette question.
— Quelle demande !… Mais naturellement la chambre de M. Morère est toute disposée pour qu’il s’y trouve le mieux possible, s’il a la sagesse de renoncer à prendre un train du soir ! Ce serait beaucoup mieux de toutes les façons… Mais ces jeunes gens ont parfois des idées si bizarres !… Dieu merci, nos chambres de province valent leurs chambres de Paris ! Enfin !!! Puisque tu sors ce matin, Charles, veux-tu dire en passant au pâtissier qu’il n’oublie pas de m’envoyer pour dix heures les trois douzaines de briochettes que je lui ai commandées.
M. Vésale dressa la tête tout surpris :
— Trois douzaines de briochettes ! Tu prends donc Morère pour Gargantua lui-même ! Nous serons étouffés, s’il nous faut engloutir à quatre une pareille abondance de gâteaux.
La commandante prit son temps ; puis, très posément, elle déclara :
— Sois tranquille. Nous ne courons aucun risque de ce genre, car nous ne serons pas seuls ce soir avec M. Morère… J’ai fait quelques invitations à dîner.
— Comment, des invitations !!! Ah çà, Sophie, que diantre me racontes-tu là ? Tu fais maintenant des invitations sans m’en prévenir ?… C’est incroyable, ma parole, ce sans-gêne des femmes ! Et des invitations justement un soir où je désirais être du libre de causer !… Non…, mais… c’est inouï !!! Sans compter que j’aurais, moi, joué un personnage idiot si j’avais rencontré l’un des fameux invités dont j’ignore même les noms !