Cela m’étonne toujours de voir papa si occupé, car j’entends répéter souvent que les députés n’ont rien à faire… Après tout, ce sont peut-être ceux de la gauche.
Papa, naturellement, est de la droite ; il est même un des hommes les plus remarquables de son parti.
Je ne parle pas ainsi parce que je suis sa fille ! Le duc de Blancas, M. Saint-Edme, tout le monde dit qu’il est un grand orateur ! Les jours où il doit prononcer un discours, maman peut à peine se faire réserver une carte ; du reste, elle n’en profite jamais, car l’émotion lui donne toujours la migraine le matin de la séance.
Autrefois, quand Mgr le comte de Paris a été exilé par ces affreux républicains, papa et maman se sont rendus à Eu, et ils y sont restés jusqu’au dernier moment. Ils sont allés en Angleterre aussi quand Monseigneur est mort, car papa était, paraît-il, un de ses derniers fidèles !
Aussi, j’ai son portrait dans ma chambre, à notre pauvre « Roy », entre ceux de papa et de maman, et puis, autour, ceux de mes meilleures amies, Jeanne Landry et Suzanne de Vignolles, de Geneviève et de Patrice, avec son costume marin, son premier costume d’homme.
Ainsi, je possède près de moi tous ceux que j’aime le plus !
8 novembre.
Si l’on ne s’amusait pas autant l’hiver, ce serait une saison détestable !
Mais l’on s’amuse !!!
Je ne sais trop, pourtant, si maman se décidera enfin à me laisser sortir, bien que je vienne d’atteindre mes dix-huit ans aux pêches, comme on dit dans les monologues… champêtres.