Et celui de mon « moi » moral ?

Je ne l’essayerai pas, ce serait trop difficile ; et puis, une telle confession finirait peut-être par de venir compromettante.

Je puis bien dire, pourtant, que je suis un peu… — beaucoup ? — coquette ; un peu… volontaire ; un peu… enfant gâtée ! Mais je crois être aussi une honnête petite créature qui voudrait bien se transformer en une personne sage, raisonnable, ne disant ni ne faisant jamais de sottises.

Ah ! quand donc cet heureux temps viendra-t-il ?

1er novembre.

Je suis fâchée, très fâchée, extrêmement fâchée !!!…

Depuis notre retour, je vivais dans un vrai paradis. Nous ne faisions pas de visites : je ne parle pas de mes stations auprès de Jeanne et de Suzanne, puisque quand je vais chez elle, c’est toujours avec le désir de les trouver… Alors ce ne sont plus de vraies visites !

Nous courions les magasins, une chose que j’adore et maman aussi, bien qu’elle ne veuille pas l’avouer, parce que c’est un goût un peu frivole… Je prévoyais un bon petit hiver charmant, sans cours, sans catéchisme de persévérance. Comme occupations sérieuses, je réservais la musique et la peinture : puisque j’ai dix-huit ans, maman m’aurait peut-être permis d’aller dans un vrai atelier, — un de ces ateliers où les parents ne vous accompagnent pas, — afin de faire de la vraie peinture.

Et au chapitre des distractions, je rêvais quelques soirées…

Non pas trop ! J’aurais été raisonnable ; je n’aurais pas demandé de grands bals, pourvu que maman les remplaçât quelquefois par le théâtre…