Hélas ! au lieu de voir mes jolies espérances prendre un corps, me voilà reléguée dans le clan des petites filles qui n’ont pas terminé leur éducation !…
Nous finissions de déjeuner. Papa avait été dans ses grands jours de distraction. Il s’était plaint de ce qu’on ne lui servait jamais de tomates farcies, juste au moment où il en mangeait. Si bien qu’au dessert, probablement dans l’intention de faire oublier sa malencontreuse remarque, il demande à maman d’un air aimable :
— Que comptez-vous faire aujourd’hui, Gabrielle ?
Je suis sûre que, dans la sincérité de son âme, rien ne lui était plus égal.
Maman devait penser comme moi, car elle regarde papa avec un petit sourire et lui dit :
— Nous irons, pour la dernière fois, je l’espère, essayer la robe de Paulette.
— Ah !… Et elle est jolie, cette robe ? me demande papa, qui, décidément, sortait tout à fait de la politique.
— Oh ! charmante ! vous la verrez… en drap vieux rouge, très collante, toute garnie de fourrure… Elle me donne si bien l’air d’une demoiselle !…
Ah ! pauvre demoiselle ! pauvre moi ! qui ne me doutais pas de ce qui allait suivre.
Maman nous avait écoutés en souriant toujours ; elle continue :