— Ne vous inquiétez pas, ma petite aimée… Ce n’est rien… Mais voyez-vous, j’ai bien peu d’amis. Et il me semble triste, très triste d’en voir partir un tel que M. de Bresles !
Josette l’enveloppa d’un regard où était toute sa tendresse passionnée :
— Oui, je comprends ! Oh ! maman, ma maman plus que chérie, si cela peut vous consoler un peu, vous faire un peu de bien, pensez que votre « petite » est à vous, qu’elle vous aime… plus que tout au monde, plus qu’aucun ami ne pourrait vous aimer !
Et Ghislaine sentit que l’enfant disait vrai… C’était à elle de mettre désormais tout son bonheur dans cette jeune tendresse, comme font les mères…
DEUXIÈME PARTIE
I
C’était la « grande semaine » à Dieppe, la semaine des courses, qui avait amené aux villas tous leurs hôtes, faisait combles les hôtels, éclairait la plage et le Casino de la fraîche lumière des robes d’été, animait les rues étroites de la vieille ville normande, autant que la chaussée large de la rue Aguado, du roulement des équipages, de la résonance du sabot des chevaux sur le pavé inégal.
Mais, par cette fin d’après-midi d’août, la plupart des équipages étaient soigneusement clos, car un vent furieux soufflait du large, jetant rudement, sur les galets, les vagues apportées sans relâche par la marée montante, toutes livides sous les nuées de tempête qui muraient l’horizon.
Même au cœur de la ville, on sentait la violence des rafales qui s’engouffraient dans toutes les issues, chargées de leurs senteurs salines dont s’imprégnaient les lèvres.
Avidement, avec un plaisir gourmand, Marc de Bresles respira le souffle puissant venu de la mer comme il arrivait à Dieppe, par la route d’Arques, au trot rapide des deux chevaux attelés à la voiture qu’il conduisait lui-même… Et le désir impérieux le domina aussitôt de s’en aller immédiatement contempler la mer sans plus de souci des raisons qui l’amenaient en ville. Il se tourna vers le groom assis derrière lui, et commanda :