— Diable ! nous allons être mouillés ! de Bresles, entrez-vous au Casino ?

— Non, certes… Je vais rejoindre mon équipage quelque part en ville où il doit se croire abandonné, et mes courses faites, je regagne vite Arques-la-Bataille…

— Alors, mon cher ami, à demain… Venez nous trouver sur la plage… La cabine de Mme de Maulde, devant laquelle ces dames tiennent salon, est une des premières, près de l’escalier du Casino. Vous la découvrirez facilement ! Au revoir !

Marc répéta :

— Au revoir !

Et, laissant M. de Gannes chercher un abri, il s’enfonça dans la ville sous l’averse qui éclatait, drue et cinglante.

II

La tourmente avait passé. Sous la pluie de la nuit, le vent s’était apaisé et un éclatant soleil ruisselait en clartés blondes sur les falaises, sur la frémissante étendue des eaux, pointillées de barques. La mer était haute, couleur d’opale, à peine ridée d’un léger frisson de vagues ; nonchalamment, l’eau mouillait les galets, les effleurant d’une ondulation caressante et souple… Et Marc, dont les yeux avaient emporté l’image du sombre horizon de la veille, dont l’âme gardait encore l’impression de sa mélancolique soirée, la veille, dans sa grande demeure déserte, trouva exquise la féerie de cette matinée vibrante de lumière.

La terrasse, déserte la veille au crépuscule, était maintenant fourmillante de promeneurs circulant parmi les jeux des enfants, la course rapide des bicyclettes qui longeaient la mer ou filaient autour des pelouses et des massifs fleuris dont la brise emportait les senteurs confondues.

Sur la plage, bariolée par les ombrelles, les toilettes claires des femmes, les vastes parasols de couleurs vives, c’était une véritable foule, massée à l’ombre des cabines, — minuscules salons tendus d’étoffe à grandes fleurs, — groupée sur la terrasse du Casino, sur les galets envahis jusqu’à la mer, sur l’estacade allongée dans l’eau bleue, où se coudoyaient les spectateurs curieux et les baigneurs qui escaladaient ses hauteurs pour plonger, ou bien tout ruisselants y demeuraient à recevoir la brûlante caresse du soleil de midi…