— Je ne sais, d’ailleurs, pourquoi je vous ennuie ainsi de mes inutiles déclarations et vous empêche de voir la musique de grand’mère. Je vous demande pardon encore de vous avoir dérangée en entrant chez vous de cette manière soudaine. J’avais frappé plusieurs fois sans recevoir de réponse…
— Je n’avais pas entendu…
— C’est ce que je me disais pour me tranquilliser…
— Vous tranquilliser ?…
Une rougeur empourpra le pâle petit visage. Visiblement, Josette eut envie de s’enfuir, mais sa fierté la retint et brièvement, elle expliqua :
— Je suis stupide, j’ai une imagination qui galope toujours trop vite. En voyant que vous ne me répondiez pas, j’ai eu l’idée absurde que vous étiez peut-être souffrante et c’est pourquoi, sans réfléchir, j’ai soulevé la portière.
Ghislaine, d’un geste de caresse, posa la main sur les cheveux légers et chercha le regard des larges prunelles qui se dérobaient. Très doucement, elle dit :
— Je vous remercie, Josette, de vous être inquiétée pour moi ! Ne me trouvez pas trop égoïste d’en être heureuse… Mais quand on est très isolée, les plus simples marques d’intérêt semblent bien bonnes…
Dans un soudain élan, Josette saisit la main qui effleurait ses cheveux et y appuya ses lèvres. Puis, très vite, d’un accent que Ghislaine ne lui connaissait pas, elle murmura presque bas :
— Ne soyez pas trop malheureuse ici, je vous en supplie ! Je sais bien que je ne fais rien pour vous y rendre la vie moins triste. Je ne suis ni aimable, ni prévenante, ni dévouée, ni bonne, ni rien de ce qu’il faudrait !… Mais je ne peux pas encore maintenant… Soyez patiente avec moi… Dites, voulez-vous ?…