— Elle s’en apercevra bien !

— Oh ! non, il n’y a pas de danger !

— Chut, ne parlez pas ainsi, enfant.

Josette ne protesta pas, peut-être parce qu’elle était trop fatiguée pour le faire. Mais Ghislaine put se convaincre qu’elle avait dit vrai au sujet de sa grand’mère. Le dîner s’écoula sans que Mme de Maulde remarquât l’altération du visage de Josette qui, d’ailleurs, avec une étonnante énergie, s’efforçait de ne rien trahir de son malaise. A son ordinaire, la marquise monologuait allégrement, se trouvant satisfaite par les répliques polies de Ghislaine. Elle était habituée à ce que Josette fût, en général, silencieuse en sa présence, et, à peine elle s’aperçut que la fillette refusait tous les plats qui lui étaient présentés. Elle demanda, pourtant :

— Eh bien, Josette, qu’est-ce que ce nouveau caprice ? Tu ne dînes pas ?

— Je n’ai pas faim, grand’mère.

— Toujours des lubies ! Si ton père était là ce soir, il ne manquerait pas de me répéter encore que tu es bien mal élevée !

Elle n’insista pas et se reprit à raconter à Ghislaine sa visite chez sa modiste. Toutefois, après le dîner, tandis qu’elle se chauffait frileusement avant d’aller s’habiller pour l’Opéra, elle s’avisa de remarquer que Josette, inactive au fond d’une bergère, toussait passablement.

— Il me semble que ton rhume ne va pas mieux, petite. Mets-toi donc au lit. Mlle de Vorges ira dans un instant voir comment tu te trouves. J’ai besoin de son obligeance encore un moment pour qu’elle me déchiffre deux mélodies qui m’ont été envoyées tantôt, et dont je verrai l’auteur ce soir. Vous voulez bien, n’est-ce pas ? mademoiselle.

Ghislaine s’inclina. Mais elle suivait des yeux Josette, qui, sans protester, s’était levée et tendait, comme chaque soir, son front au baiser distrait de sa grand’mère.