Le père Panainnin, entre deux bouffées de pipe, murmura :

— Il a fait rudement chaud aujourd’hui, dans le bois !

Les Boussard se sentent un peu dépaysés. Ils viennent rarement à la ville. Ils vivent, dans un tout petit village, à six kilomètres d’ici, récoltant, pour eux, des pommes de terre et du blé, du foin pour la vache et l’âne, de l’avoine pour les poules, du trèfle pour les lapins. Tous les ans, ils tuent un cochon, et ils disent avec orgueil :

— Jamais nous ne mettons les pieds à la boucherie !

Aujourd’hui, Boussard n’a pas travaillé : Marguerite est fille unique. Elle est venue lorsqu’on ne comptait plus sur elle. Au contraire, il y a eu déjà chez les Panainnin quatre premières communions. Trois filles parties à Paris, depuis des années. Sont-elles mortes ? On n’en sait rien. Mais s’il fallait, chaque fois, chômer, on ne pourrait bientôt même plus payer son pain. Il y a longtemps que Boussard et Panainnin se connaissent : ils ont fait ensemble la campagne de 1870. Cela ne les rajeunit pas. Boussard est grand et maigre. Quand il parle, ses favoris bouffants remuent comme deux petits buissons. Sa femme a la figure osseuse, le nez aigu, la poitrine plate.

De temps en temps, la mère Panainnin va soulever le couvercle de la cocotte : le lapin sent bon. Elle écume le pot-au-feu. Le soleil disparu, elle sort dans la rue, ouvre les volets. On voit des femmes, maintenant, sur le pas des portes. Il y en a qui s’installent dans les courettes, avec leurs boîtes à ouvrage. L’horloge de la ville vient de sonner six heures. La fraîcheur du soir devrait bien sortir des bois.

Tout-à-coup, il y eut des voix puériles, des rires, des cris. Et l’on entendit, indéfiniment répétés, ces deux mots :

— La bancale ! La bancale ! La bancale !

Une douzaine de gamins la suivent. Elle donne le bras à Marguerite qui songe :

— C’est amusant, d’avoir une pareille camarade de première communion !