Il y a, en effet, les Boussard, assis et cachés à moitié par les rideaux de l’un des deux lits. Insoucieux, ou peut-être préoccupé, Panainnin ne les a pas aperçus. Dès l’aube, il part dans les bois avec sa scie et sa cognée ; les jours de grande neige, il travaille chez les bourgeois, fendant et rangeant les souches dans les bûchers. C’est un petit homme qui porte de gros sabots, les pieds un peu rentrés en dedans. Été comme hiver, il apparaît coiffé d’une casquette de laine. Un collier de barbe blanche lui encadre les joues. Il sort de la cave. Boussard lui demande :

— Tu ne nous avais donc point vus, en entrant ?

— Ma foi, non !

La Boussard, aigre, réfléchit tout haut :

— Pour un jour de fête, il n’a pas l’air de bonne humeur !

— Lui ! dit la mère Panainnin. On ne sait jamais par quel bout le prendre.

A l’évier, il se rinçait la figure et les mains. Quand ce fut fait, il dit :

— On boirait tout de même bien un coup !

On releva un coin de la nappe. On trinqua.

Le lapin cuisait sur un fourneau dressé dans la cheminée. Le pot-au-feu allait son petit train dans la braise, entre les chenets. On entendait, sur les promenades, se disputer les joueurs de quilles. Le soleil allongeait, en dents de scie, l’ombre aiguë des toits. On dirait que les maisons sont tuées par la chaleur : on leur a fermé les volets, comme on ferme les yeux à des morts.