— Les vêpres finies, je suis allée faire un tour du côté de la cascade, avec la Clotilde Penaud.
Elle est nu-tête. Elle regarde devant elle avec certitude. Elle n’est pas bancale. On sait qu’elle n’a point froid aux yeux. Elle travaille chez une des trois couturières de la ville, quand il y a de l’ouvrage. Les belles dames, maintenant, se font expédier de Paris leurs costumes tout faits. Parfois, pourtant, un deuil inespéré. La mère Panainnin avait dit :
— On n’est pas riches, mais faisons-lui toujours apprendre la couture. Après, ce sera bien le malheur si l’on ne trouve pas à la caser !
Mais elle va sur ses dix-sept ans, et l’on attend encore.
On est au complet. Les pauvres festoient entre eux parce que jamais il n’y a place, pour eux, à la table des riches qui donnent à leurs poules les miettes de leurs repas.
Ils ont peur que l’on ne dise dans le quartier :
— Eux qui sont toujours à crier misère, ils ne crachent pas sur les bons morceaux !
Si l’on n’était pas en Juin, on clouerait au mur une longue banderole blanche :
FERMÉ POUR CAUSE DE PREMIÈRE COMMUNION.
On mange la soupe sans plaisir, uniquement parce que c’est du bouillon, et que l’on ne peut pas mettre souvent le pot-au-feu. L’hiver, c’est excellent. Toute l’après-midi, pendant que, dehors, il bruine, il neige, on l’a regardé se faire sur les tisons. L’eau s’est agitée. Il a fallu écumer. On a repris son feuilleton. Les vêpres ont sonné. Des poules, qui gloussaient, sont allées se coucher. La nuit venue, à la lumière de la lampe, c’est la douceur de cette après-midi silencieuse que l’on mange, en une espèce de communion. Le pot-au-feu est l’âme d’une après-midi de Dimanche, l’hiver, dans une humble ville.