Il disait aussi :
— Dans le temps, j’ai été bête : j’aurais pu aller à Paris. Je devais entrer chez… Comment donc que vous l’appelez ? C’est, sauf votre respect, pour vider les cabinets…
— Chez Richer, sans doute ?
— Oui, c’est ça, mon cher monsieur : chez Richer. Paraît que c’est une maison sérieuse, qu’on s’y fait de bonnes journées, et qu’on ne chôme jamais. Seulement je venais de me marier, et ça nous embêtait de partir.
Ces minutes de retour en arrière étaient rares. Il avançait dans la vie comme un bœuf placide, patient, que l’on ne dételle jamais.
La mère Panainnin ne finissait pas ses journées de bonne heure. Il fallait laver jusqu’à la nuit, puis charger le linge sur une brouette, le ramener, et l’étendre, lorsqu’il pleuvait, qu’il neigeait, dans un grenier, sous un hangar. Puis on mangeait dans la cuisine des riches et, entre laveuses, on s’attardait, et l’on savait bien distinguer les bonnes maisons où l’on vous donne, pour deux, un litre de vin, à chacune le café et la goutte, de celles où l’on a l’air de dire : C’est bien bon pour elles ! ou : Elles en auront toujours assez.
C’était une vieille femme bavarde comme toutes les laveuses. Entre deux coups de battoir, elle disait :
— Allez ! On a rudement de la chance que l’Augustine soit partie ! Elle est on ne peut mieux. Son monsieur et sa dame sont aux petits soins pour elle.
Et la mère Lécrevisse, une autre vieille laveuse, ripostait :
— Ma foi, à t’entendre, ils lui portent tous les matins son chocolat au lit. Ils vont peut-être prendre une bonne pour la servir !