— Que désirez-vous, Madame ?

Mais elles reconnaissaient tout de suite la Bancale, puis Augustine, et, quelque peu déçues :

— Tiens ! C’est toi, Augustine ? disaient-elles. C’est gentil, de venir me voir !

et gardaient quand même leur sourire de bon accueil.

Ce sont de petites boutiques où il passe très peu d’argent. Chaque matin, on se lève de bonne heure, parce que l’avenir est à ceux qui se lèvent tôt. Le premier rayon du soleil trouve tout en ordre. Mais c’est à croire que les clients, eux, se moquant de l’avenir, passent leur journée au lit.

On dit à Augustine :

— Ah ! le commerce ! Ça ne vaut plus rien ici ! C’est la concurrence qui nous tue ! L’Épicerie Parisienne, qui vient de s’installer dans la grand’rue, nous fait bien du tort : ils donnent des primes à tous les acheteurs. Il va falloir que nous nous y mettions aussi. Et toi, qu’est-ce que tu deviens à Paris ? Tu as toujours une bonne place ? Voilà bien longtemps qu’on ne t’avait vue !

Elles l’examinaient avec de la défiance, de la jalousie. Mâtin ! Pour une femme de chambre, elle était rudement bien mise ! On en avait vu d’autres qui étaient parties à Paris ! On avait vu la Louise Fichot, la Célestine Bailly, qui ne faisaient pas, elles, tant d’embarras, et qui s’habillaient simplement. Il est vrai qu’elles n’étaient pas jolies, tandis qu’Augustine… Mais ce n’est quand même pas une raison ! Et l’on se demandait ce qu’elle pouvait bien faire à Paris. C’était bien ennuyeux que les Glaudine fussent partis en Allemagne avec leurs maîtres, depuis deux ans. On aurait pu leur faire écrire par les Boussard, pour se renseigner. Car la petite ville avait la prétention de surveiller, de diriger la vie d’Augustine, comme celle de la Bancale. Et les bonnes langues marchaient :

— Savoir ce qu’elle fait à Paris, maintenant ? Jamais une femme de chambre ne pourrait se payer des toilettes comme celles qu’elle a ! Moi qui vous parle, madame, je suis restée bonne vingt-deux ans dans la même maison : eh bien, je vous assure que jamais je ne me suis mis sur le corps le demi-quart de ce qu’elle a ! Ce n’est pas pour dire, mais la jeunesse d’aujourd’hui…

Et l’on ajoutait, en levant les yeux au ciel :