Les soirs d’automne et d’hiver, vêtus de gris, s’arrêtent longtemps à souffler dans leurs doigts. Certains s’enveloppent de brumes semblables à de longs suaires : quand les volets ne sont pas encore fermés, on les aperçoit, qui regardent aux fenêtres. Assise au coin du feu, elle a soin de leur tourner le dos. Presque toujours, lorsqu’elle rentre de l’école, Augustine est là. Augustine est-elle bien disposée ? On s’amuse, pendant que la soupe cuit, à dire des devinettes. Toutes les deux sont accroupies devant la cheminée. On allume la bougie seulement quand il fait, dehors, nuit noire. Ou bien, l’une près de l’autre, elles restent sans rien dire. Elle revoit la journée qui vient de finir, teintée de bleu quand les problèmes ont été simples, les règles de grammaire faciles à comprendre, toute grise, si elle n’a rien entendu à la division des poids, des mesures. Elle n’a pas pu réciter la moitié des stations de Paris à Marseille : en un clin d’œil, elle arrivait, comme par le rapide, de Dijon à Lyon.

Elle aime mieux qu’il n’y ait, dans la cheminée, que des charbons. La flamme lui fait peur, qui anime d’une vie fantastique toute la maison : les deux alcôves, formées par les rideaux des lits, se creusent tout-à-coup en cavernes qu’habitent des fantômes mélancoliques, des monstres prêts à bondir. La porte de la cave, qu’on a oublié de fermer, s’ouvre comme une gueule menaçante, et la table semble danser sur le mur du fond, avec ses quatre pieds, la sarabande.

Elle n’ose pas dire à Augustine :

— J’ai peur !

Augustine, qui est grande, se mettrait à rire.

Ni :

— Attends un peu, pour sortir, que le père soit revenu.

Il y a toujours quelque commission à faire : un soir, c’est le pain, un autre du sel, de l’huile, de la graisse. Augustine lui recommande :

— La soupe va bientôt bouillir. Fais attention qu’elle ne se sauve pas !

et s’en va.