Elle reste seule, un instant. Mais elle n’y tient plus. Elle sent ses cheveux se dresser. Elle se précipite, tête baissée, dans la rue, et, la porte ouverte, surveille de dehors le feu sous la marmite.
Ce n’est jamais bien amusant, d’aller voir la grand’mère l’après-midi du Jeudi, ou le Dimanche à l’heure des vêpres. Une rue qu’elle n’aime pas, sombre, bordée, à droite, de maisons silencieuses, à gauche de jardins dont les murs suintent. Le champ de foire, avec ses châtaigniers. Des maisons, le long de la route, toutes pareilles, avec une seule fenêtre, une porte pleine, et l’ouverture, sous le chaume, du grenier. Quelques-unes, les plus riches, ont une treille. Dans les cours, des tombereaux, des charrettes, des tas de fagots, du fumier. Du purin coule sur la route.
C’est une bien vieille maison, celle de la grand’mère ! On dirait la « grand’maison » de celles d’alentour.
Elle demande en entrant :
— Le grand-père n’est donc pas là ?
Ah ! C’est toi, ma p’tiote Marie-Louise ? Tu viens me voir ? Non : il est dans le bois depuis ce matin. Et chez vous, comment que ça va ?
— Ça va bien. Merci.
Toutes les deux sont assises près du feu, la grand’mère dans un vieux fauteuil tout rafistolé de bouts de tapis et de rideaux, rembourré de chiffons, elle sur une petite chaise basse. Dans la cheminée, même en Juillet, il y a toujours quelque tison qui brûle.
— Tu vois, ma Marie-Louise ! Je ne peux plus guère marcher. Je ne peux même plus aller à la messe les Dimanches. Car voilà que je vais sur mes soixante-seize ! Ton grand-père est plus solide que moi, mais il se fait vieux aussi. Et j’ai toujours la crainte, quand il part au bois, qu’on me le rapporte sur une civière !