Partir où, mon Dieu ?
Le vent d’Automne que l’on n’a jamais vu, qui fait peur…
C’est difficile à trouver, une camarade de première communion ! Il y en a qui cherchent jusqu’aux derniers jours : ce sont d’habitude les plus pauvres. Les parents conviennent que l’on ne fera qu’un repas, celui du soir, où chacun paiera son écot. Il y aura du vin, deux plats de viande, de la salade, des fruits, le café. A midi, l’on mangera comme d’habitude. Les hommes iront travailler. Ils ne rentreront que pour le repas du soir.
La mosaïque du chœur a disparu sous les tapis. L’autel est orné de fleurs dorées, de chandeliers en bronze massif supportant de gros cierges. Toutes les bougies du grand lustre sont allumées.
Incommodée de rester à jeun, elle se sent près de défaillir. Ses bottines lui font mal. Elle a peur de froisser sa robe, son voile. Ses gants la gênent. Quelques-unes les ôtent en cachette : il leur semble que leurs doigts sont emmaillotés, malades. Elle garde les siens, de peur qu’on ne la voie les enlever. Elle essaie de lire dans son livre. La couverture de cuir sent bon. Chaque page est encadrée d’un filet rouge. Elle lit, ne comprend pas. Elle tremble un peu.
Les bas-côtés de l’église sont occupés par les parents. Les mères ont sorti leurs très vieux châles à ramages, leurs bonnets de dentelle noire. Quelques-unes seulement ont des chapeaux. Celles qui sont pieuses restent à genoux et prient. Plusieurs ont les doigts humides, parce qu’elles gardent leurs mains trop près des yeux. Les hommes sont en noir. Ceux des villages qui ne possèdent pas de redingotes sont venus avec leur plus belle blouse bleue. Ils se tiennent debout, cherchant à distinguer leur fils dans le chœur, leur fille à l’entrée de la nef. Il y en a qui regardent plus loin encore, par delà les murs de l’église, dans les temps anciens.
Un bourdon va donner de la tête, bruyant, contre un vitrail.
De ses camarades, celles-ci sont joyeuses : elles sont bien habillées, la couronne et le voile leur vont à merveille ; leurs bottines sont toutes neuves, et leur livre, mignon, a une couverture de nacre où se dessine en relief une croix. Elle, tout ce qu’elle porte a servi, voici quatre ans, pour Augustine, et son livre, relié en maroquin ordinaire, serait aussi bien entre les mains d’un garçon. Celles-là, les yeux baissés, ce sont les ferventes. Elles ont l’habitude des cérémonies de l’église. Au catéchisme, monsieur le curé pour elles n’avait que des attentions. Leurs familles sont réputées « bien pensantes », et leurs mères, même en semaine, ne manquent jamais la messe. De l’église, elles connaissent, elles aiment tout, et l’on dirait qu’elles ont l’habitude de converser familièrement avec la Vierge. Elle, elle n’est qu’une pauvre fille dont les parents n’ont pas le loisir d’entrer à l’église, à qui le curé n’a jamais pris garde, au catéchisme, que pour la réprimander, au confessionnal, que pour l’épouvanter.
Elle tremble davantage encore, le moment venu de s’approcher de la grille du chœur pour communier. On leur a répété, pendant la retraite, la fameuse phrase :