Il ne s’agissait plus du collège où le réfectoire fait partie de la maison, de la caserne où il avait deux fois par jour une gamelle à peu près pleine à sa disposition. Ce n’était plus l’oisiveté des anciennes vacances dont il profitait complètement, parce qu’il avait pâli dix mois durant sur des livres qu’il n’est pas donné à tout le monde de comprendre ; ce n’était plus la béatitude de huit jours de permission, savourés entre une suite de corvées, de tirs et de marches forcées, pendant lesquels il n’était point réveillé par le brutal clairon de garde et ne passait pas pour aller se promener devant le sergent du poste de police. Les jours menaçaient de se succéder sans apporter la certitude des repas. Désœuvré, vêtu d’un complet gris fer, il retraversait les mêmes rues comme un rentier qui ne sait de quelle façon tuer le temps.
Des gens lui disaient :
— Eh bien, Louis, on est content d’avoir fini son service ?
Il était obligé de répondre :
— Oui.
Ils ajoutaient :
— Et qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ?
Il était obligé de ne rien répondre. Ils l’interrogeaient avec une tranquillité de gens habitués à leurs maisons qui leur appartiennent, ou dont ils payent régulièrement le loyer. La plupart d’entre eux n’avaient pas des budgets de ministres, mais ils arrivaient à joindre les deux bouts.
Il n’avait pas de chambre où se retirer pour rêver, une jambe repliée sur l’autre, en essayant de faire avec ses cigarettes des ronds de fumée. Il ne disposait dans l’une des deux pièces que d’une table, sur laquelle quelques livres étaient empilés. S’il cherchait à se recueillir dans le silence, sa mère allait et venait obstinée à ne pas rester tranquille. Elle lui disait :
— Qu’est-ce que tu fais donc là ? Si tu retournais voir chez M. Auribault ?