— Reste donc ici. Tu es mieux qu’à écouter les bêtises qu’ils racontent.
A vingt-trois ans il ne lui était pas permis de désobéir à ses parents. Peut-être même que libre il fût resté là à se morfondre, tant il aurait eu peur de paraître ridicule au milieu de cette joie.
Mais c’est toujours de Paris que vient le salut.
Vaneau n’attacha guère d’importance à l’arrivée de son oncle, un dimanche de Juillet. C’était un gros homme, avec de gros doigts et une grosse chaîne de montre. Il avait l’habitude de venir tous les trois ou quatre ans respirer un peu l’air du pays entre deux trains, de neuf heures du matin à cinq heures du soir. Vaneau se souvenait d’anciennes années où, devant cet oncle qui venait de Paris où, disait-on, il gagnait beaucoup d’argent, il se sentait pénétré de respect.
— Et toi, qu’est-ce que tu deviens donc ? lui demanda son oncle.
— Il fait ce qu’il peut ! répondit-on pour lui. Nous ne connaissons personne. Il travaille chez M. Auribault et gagne quarante francs par mois.
L’oncle, levant les bras au ciel, dit :
— C’est tout de même une dérision !
On avait chez Vaneau d’autres idées. C’était déjà bien joli, que M. Auribault eût consenti à le prendre et lui donnât quarante francs par mois. Ils ajoutèrent :
— Oh ! toi, nous savons bien ! Avec tes idées de grandeur !… Mais les quarante francs qu’il gagne valent peut-être mieux qu’un billet de cent cinquante francs — on disait « un billet de cent cinquante francs » parce que cela représente une grosse somme qu’il ne faut pas penser gagner en un mois dans nos pays, — qu’il toucherait à Paris. Ici on ne le mettra pas à la porte ; tandis que là-bas pour un oui pour un non l’on vous remercie.