— Ta ! Ta ! Ta ! fit l’oncle. Vous n’y connaissez rien. Laissez-moi faire. Je vais m’occuper de lui, dès demain. J’ai des relations. Je connais des gens qui ne peuvent rien me refuser. Avant trois mois il sera casé, je vous en réponds.

Ce gros homme d’oncle, Vaneau l’eût embrassé sur les deux joues.

V

Du quai de la petite gare où il attendait le train, il voyait les deux rails se rapprocher l’un de l’autre, finir par se toucher. Mais tout à l’heure les roues de la locomotive allaient les forcer à s’écarter à la distance réglementaire. Septembre s’ajoutait à l’automne perpétuel des bourgs où les feuilles jaunes dorment tranquilles dans les ruelles vertes de mousse humide, sauf quand arrive une rafale qui les fait tournoyer, comme de vieilles femmes qui bien à contre-cœur danseraient. Il partait la poche légère, l’âme lourde d’incertitude et d’impatience. Autour de lui des hommes d’équipe poussaient des brouettes sur lesquelles des malles, des caisses entassées faisaient effort pour conserver leur équilibre.

Le train aspira les voyageurs. On put ensuite compter à loisir les petites stations où vainement il s’arrêta. Mais aussi c’étaient des gares de villages solidement plantés au milieu des champs et des vignes. Le blé, le raisin poussaient en abondance. Les jours se succédaient pacifiques sous les solives enfumées des plafonds, près des âtres où le feu clair ne mourait jamais. On n’y éprouvait ni le désir ni le besoin d’aller à Paris. Clamecy apparut, dominé par des collines noires dont la désolation faisait penser aux paysages de l’Écriture plantés de cyprès et semés de cailloux. Une grande rivière, qui peu à peu et sans le savoir devenait un fleuve, traversait des prairies et baignait des bosquets ; sur des rives, de distance en distance, étaient entassées des piles de bois de moule. Sous des huttes recouvertes de fagots et pour jusqu’au lendemain matin désertées, des hommes gagnaient leur vie à fabriquer des margotins.

Puis des villes se présentèrent avec des églises, des cathédrales même. D’autres voyageurs se précipitaient pour avoir une place, un coin peut-être s’il en restait.

Vaneau contemplait des horizons toujours pareils. Le ciel s’appuyait sur la ligne onduleuse des collines d’où les vignes descendaient vers la plaine à la rencontre des champs moissonnés. Des bourgs se suivaient de distance en distance, avec des églises à clochers trapus, carrés, d’où les angélus devaient tomber secs et lourds.

La nuit ne se fit que sur la terre. Les étoiles étaient claires. Il sommeilla.

Des voyageurs dès Villeneuve-Saint-Georges se levèrent. Ils tiraient des filets cartons à chapeaux, paquets de toutes formes, valises. Une grosse femme secoua deux gamins dont les lèvres étaient restées jaunes de confitures de prunes. Une vieille à bonnet noir sortit de dessous la banquette un panier dans lequel était enfermée une oie qui se mit à cacarder. Ce fut comme une dernière évocation des villages qu’ils venaient de quitter. Tandis que se succédaient des villes de banlieue propres, blanches, avec des maisons à concierges le long de quais soigneusement entretenus, tous pensaient à des chaumières qui vacillent au bord de chemins creux ou perdues dans les champs sous des châtaigniers.

A la fin, quelqu’un s’écria :