— En arrivant, tu prendras quelque chose de chaud.

Mais quelques cafés seulement étaient ouverts à l’entrée de la rue de Lyon ; d’autres, plus humbles, où volontiers il se fût assis, étaient bouleversés. Il craignait de déranger de leur nettoyage les garçons et se demandait si on a l’habitude de prendre à Paris dès le matin « quelque chose de chaud ».

Il traversa la place de la Bastille, le regard horizontal, et ne vit de la célèbre colonne que la grille et le soubassement. Il dédaigna le petit bonhomme d’or à la pensée que derrière lui quelqu’un pût se dire :

— Tiens ! encore un provincial qui ne connaissait pas le Génie de la Bastille !

Sa valise bourrée de linge commençait à lui peser. Il suait déjà malgré la fraîcheur du matin.

Pour s’éponger le front il s’arrêta près d’un banc, posant son bagage devant lui de peur qu’un filou — on lui avait tant répété d’y prendre garde ! — ne le lui dérobât. Des histoires circulaient chez lui de naïfs débarquant à la gare de Lyon, accostés par des « individus » qui se prétendant chargés de les conduire les laissaient n’importe où, délestés de leur porte-monnaie. Il avait mis le sien dans la poche intérieure de son paletot, plus sûre que celle du pantalon, et concevait une certaine fierté de ce que personne à la sortie de la gare ne l’eût abordé. A la hâte il s’assura sur son plan que c’était bien par le boulevard Beaumarchais qu’il devait passer pour aboutir au quartier de l’Opéra.

De se savoir dans le bon chemin Vaneau fut heureux. Mais la faim un instant oubliée se fit de nouveau sentir. Il revit tous les cafés ouverts dans les environs de la gare, les deux premiers surtout, postés aux angles de la rue de Lyon, et songea :

« Suis-je bête, tout de même ! J’aurais dû aller là. On doit y être habitué à voir du monde à toute heure du jour et de la nuit ! »

Ici toutes les devantures étaient encore fermées. Il se dit :

« Le premier que je vois ouvert, je ne le rate pas ! »