Vaneau est de ceux qui, faisant leur possible pour n’être jamais en retard, arrivent toujours avant l’heure. Seulement ce dîner n’en finit pas. On a beau faire maigre à cause du vendredi saint : beaucoup trop de plats se succèdent. Son oncle, sa tante et sa cousine sont ce soir en veine de conversation. Il place de-ci de-là un mot qu’il a l’air de donner pour ce qu’il vaut, qu’il jette comme un vulgaire caillou sur un tas d’or. Il se dit :
« Ils vont me faire manquer mon train. »
Mais il garde pour lui son anxiété de peur de paraître ridicule.
Pourtant au dessert il se décide à poser sa serviette, repousse sa chaise et dit :
— Il va être neuf heures et mon train part à dix heures cinq. Je crois que d’ici à la gare de Lyon j’en ai pour un moment.
Il eût mieux fait de se taire. On s’exclame :
— Mais en un rien de temps tu y seras. Ne te presse pas. Mange-moi cette figue… Et qu’est-ce que tu vas prendre avec ton café ?
Ce serait à croire qu’il ignore qu’à Paris les omnibus vont vite. Ils vont même si vite que souvent, pour monter dans l’un d’eux, il faut en laisser passer trois ou quatre.
Un quart d’heure s’écoule. Vaneau ne tient plus en place.
— Je crois tout de même qu’il est temps ! dit sentencieusement l’oncle. Place de l’Opéra tu prendras Gare Saint-Lazare-Gare de Lyon.