… C’est un peu humiliant de voyager en troisième classe, mais les compagnies de chemins de fer, le P.-L.-M. surtout, ont tant d’attentions pour les voyageurs qu’il n’y a que très peu de différence entre une troisième classe et une deuxième.
… Oh ! pour les longs trajets, par exemple, pour aller jusqu’à Nice, une deuxième est tout de même préférable.
— Certainement ! approuve Vaneau. C’est une jeune fille distinguée, se dit-il, et qui va lors de chaque carnaval se réjouir à Nice. Il parle avec enthousiasme de Paris qu’il commence à connaître à peine.
Ainsi aiguillée la conservation va comme le train, sans s’arrêter. Il y a de petites gares où tous les deux font halte en se taisant, pour se reposer. Sur leurs âmes comme sur ces campagnes qu’ils traversent sans les voir un doux clair de lune répand sa lumière. A mesure qu’ils parlent ils croient se mieux connaître.
Vaneau ne regrette plus d’avoir manqué son train.
Pourtant, fatiguée la première, elle s’assoit pour dormir. Lui, ce lui serait impossible.
Le jour se lève. Vaneau n’y tient plus : il enjambe la cloison. La jeune fille brune qui ne faisait que sommeiller le regarde étonnée et muette. L’autre dort ou fait semblant.
— Serait-ce une fausse manœuvre ? se demande-t-il inquiet. Maladroitement il a fait dérailler cette amitié qui depuis trois ou quatre heures marchait si bien.
Pour se donner une contenance il regarde à travers la vitre qu’il essuie d’un revers de la paume le paysage net, presque sans brumes, encore endormi. Mais on sent que bientôt comme avec un aiguillon le soleil va le piquer de son premier rayon pour le réveiller.
Un instant distrait, comme pris d’une inspiration subite, Vaneau cherche dans la poche intérieure de son pardessus. Il en tire un carnet, — celui sur les feuillets quadrillés duquel il recopie ses vers, — paraît s’absorber dans leur lecture. Mais tout à coup :