— Mademoiselle ! dit-il, en lui faisant signe.
Elle est obligée par politesse, de quitter son coin pour se rapprocher de lui, mais d’un peu mauvaise grâce comme si elle n’osait pas lui dire :
— Qu’est-ce que vous me voulez encore ?
— Tenez, ce sont des vers que j’ai faits. Voulez-vous les lire ?
Elle n’a peut-être jamais lu de vers. Mais il ne doute pas qu’elle ne doive tomber amoureuse de lui sur la foi d’un sonnet.
Il jurerait que toutes les femmes aiment la poésie. Son plus intime regret est de n’en avoir pas trouvé, jusqu’à ce jour, une à qui faire lire ses vers.
Elle tourne quelques feuillets, fait semblant elle aussi de s’absorber dans leur lecture. Qu’en pense-t-elle ? D’ailleurs il affecte de s’en désintéresser ; mais il l’observe à la dérobée. Elle parcourt — trop vite au gré de Vaneau, — des strophes, lui rend son carnet en disant :
— C’est joli. C’est plein de sentiment.
Ah ! le sentiment ! C’est la spécialité, pourrait-on dire, de Vaneau, tant il pense à l’amour, — au clair de lune, — de quelque jeune fille romantique vêtue de blanc et blonde. Est-ce qu’enfin il l’aurait trouvée en cette jeune fille brune ? Il insinue :
— Je vais passer trois jours chez mes parents, dans une petite ville assez grande pour trois mille habitants. Je veux faire à Paris mon chemin dans la littérature. Vous y reverrai-je ? Puis-je vous écrire ? Voulez-vous me donner votre nom, votre adresse ?