Il ajoute :

— Je travaille chez un avoué comme troisième clerc. Tenez, voici un crayon, du papier…

Elle semble hésiter. Vaneau maintenant est persuadé que ce n’est que pour la forme. Enfin elle s’exécute avec une jolie moue. Elle s’appelle Lucie Norvins. Elle rentrera vers le milieu de la semaine prochaine à Paris où elle habite rue Pavée.

— C’est dans le quartier du Temple, vous savez ?

— Oui… oui ! fait Vaneau qui se souvient de ses premières errances, par des soirs de brume et de vent, dans ces rues étroites.

Il fait jour. De n’avoir pas dormi Vaneau a mal à la tête, mais qu’est-ce que cela peut lui faire ? Il songe seulement que chaque tour de roue le rapproche de Cravant. Elle est là tout près de lui. Il la voit, lui parle. Tout à l’heure elle s’en ira ; la reverra-t-il jamais ? S’il pouvait lui dire tout ce qu’il pense ! Mais les mots ne viendraient pas ; il faudrait faire de grands gestes, peut-être se jeter à genoux sur ces petites lattes toujours sales.

D’ailleurs la blonde s’agite, se réveille en se frottant les yeux. A-t-elle vraiment dormi ? N’a-t-elle pas entendu ? Vaneau s’en moque.

— Où sommes-nous donc, Lucie ? demande-t-elle.

Puis elle fait l’étonnée en apercevant Vaneau dans leur compartiment.

— Nous ne sommes pas loin de Cravant, mademoiselle ! répond-il à la place de Lucie.