— Mais rien malheureusement ! répondit Vaneau. Il s’attendait à ce que Verrière lui dît :
— Eh bien, avec moi, par moi il va y avoir du nouveau pour vous. Tenez. Voici une adresse.
Mais ce n’était que pour amorcer la conversation. N’importe. Ce serait pour tout à l’heure.
— Vous prendrez un verre de liqueur ?
Vaneau refusa d’abord comme il avait refusé à son oncle le verre de vin blanc le matin de son arrivée. Il ne voulait pas que l’on fît de dépenses pour lui : c’était déjà assez que l’on consentît à le recevoir. Mais Verrière s’était levé pour atteindre sur le rayon d’un placard une bouteille pansue. Tout en buvant du rhum, — il n’en restait presque plus, — et en fumant quelques cigarettes qu’offrit Vaneau, — Verrière voulait descendre acheter un paquet de cigarettes turques, il ne pouvait fumer que de celles-là mais Vaneau aurait bien voulu voir ça, par exemple ! — ils échangèrent quelques aperçus sur la poésie. Verrière parla surtout de lui-même. Il se passait négligemment les doigts dans les cheveux qu’il portait longs, relevant une boucle qui s’obstinait à lui retomber devant l’œil gauche. Il disait :
— Mon cher ami je suis fatigué par la vie que je mène. Je passe des nuits dans les brasseries du Quartier et je me couche à cinq heures du matin. Les nerfs me font mal !
Vaneau souriait admirativement, fier de recevoir de pareilles confidences.
Verrière sortit du tiroir de sa table un cahier qu’il agita comme il avait brandi son journal sur le pont des Saints-Pères.
— C’est un recueil de poèmes inédits ! annonça-t-il. Plusieurs revues déjà me les ont demandés. Mais je ne me déciderai point à les publier avant de les avoir amenés à la perfection.
Vaneau ne se contenta point de dire :