— Je n’ai jamais ouï de vers si bien tournés.
Il se répandit en éloges hyperboliques, déclarant que jamais il n’avait éprouvé pareille émotion. Verrière l’écoutait en jouant distraitement avec son coupe-papier en jeune homme habitué depuis des années à susciter par la seule lecture de ses vers de tels enthousiasmes. Mais de Vaneau il ne fut point question. Sans doute il avait dans la poche de son veston un carnet de vers, de ses derniers vers, les meilleurs, et il esquissa le geste de l’en retirer ; mais Verrière ne dut pas deviner cette intention, pensa Vaneau, puisque tout de suite il se leva disant :
— Mais à propos je ne vous ai pas montré cette toile de mon ami Garchizey ! Vous vous rappelez bien, le peintre…
Parbleu ! Si Vaneau se rappelait ! Il n’avait oublié aucune des paroles de Verrière : c’était le peintre de génie !
— N’est-ce pas que c’est beau ? C’est un chef-d’œuvre.
Pensait-il que Vaneau dirait le contraire ?
Il entrait dans la vie qu’il avait si longtemps rêvée. Il avait pour ami un poète, un vrai et qui de plus écrivait dans les journaux. Il allait connaître des peintres, des musiciens. Il sortirait avec eux, discutant d’art en bousculant les bourgeois dans les rues. Il irait dans leurs ateliers. Toute son énergie lui revenait… Et toute sa timidité lui restait.
— Eh bien ? lui demanda Jeanne quand il revint.
— Il m’a lu des vers qui sont très beaux.
— Mais, pour toi, qu’est-ce qu’il t’a dit ?