Son désir restait le plus fort. Il ne pouvait oublier ce regard, ce frôlement ; même il s’étonnait un peu qu’elle n’eût pas encore essayé de se rapprocher de lui, de lui faire signe. Des soirs se passèrent ainsi en vaines recherches. Il alla jusque dans la rue où elle demeurait. Il la vit rentrer, voulut se précipiter et n’osa point. Elle était la femme idéale dont rêvent ceux qui approchent de la trentaine. Il la parait de toutes les qualités sentimentales qu’il n’avait trouvées ni dans Lucie trop jeune, ni dans Jeanne trop pratique. Elle s’ennuyait certainement avec cet homme méticuleux qu’était son mari. Elle devait être assoiffée de lyrisme. C’était avec elle qu’il eût voulu vivre.
Il dit un soir :
— Tout de même il faudrait bien que nous les invitions à notre tour.
— J’y pensais, répondit Jeanne.
Elle vint, superbe. Il tremblait quand elle lui tendit la main. Cependant elle disait :
— Mais c’est très bien, chez vous ! Mieux que chez nous ! Qu’est-ce que vous me racontiez donc, Jeanne ?
— Oh ! dit celle-ci, ce sont des meubles que je tiens de mes parents. Ils ne sont pas vilains mais si ça continue nous serons obligés d’en vendre et de nous contenter d’une chambre et d’une cuisine.
— Allons donc ! protesta Ternant, vous n’en êtes pas là ! Et Monsieur va devenir célèbre un jour ou l’autre.
Il dit cela d’un ton plus méprisant que sérieux. Vaneau manquait trop d’assurance pour riposter. Et puis elle était là. Toute la soirée il espéra que grâce à quelque coïncidence il se trouverait seul avec elle. Ternant pouvait passer dans l’autre chambre pendant que Jeanne serait à la cuisine. Il en fut ainsi à la fin du repas. C’était une des manies de Ternant de se dégourdir les jambes après avoir secoué sa serviette. Jeanne préparait le café. Il resta seul en face d’elle plusieurs minutes à pâlir, à trembler, à ne pas pouvoir prononcer une parole.
— Vous ne dites rien ? fit-elle.