Un jour qu’il est étendu les jambes au soleil et la tête à l’ombre, il m’appelle. Je vais faire une commission.
— Où que tu vas donc comme ça, petiot ?
— Chercher du savon, monsieur Chuchot, parce que ma mère n’en a plus.
— Ah !
Et Chuchot réfléchit tellement qu’il ne dit plus rien. Je continue mon chemin. Lorsque je reviens, Chuchot, évidemment, est encore là.
— Tu n’as pas mis longtemps, petiot !
— Oh ! non, monsieur Chuchot ! C’est pressé.
Heureusement, il fait clair : je n’ai pas peur de la hotte, mais j’évite quand même de trop m’approcher : je sais que les puces, et peut-être aussi les poux, sautent avec une merveilleuse aisance d’un endroit à un autre. Et, pour me concilier ses bonnes grâces au cas d’un enlèvement nocturne, hélas ! toujours possible, je lui donne du « monsieur Chuchot » gros comme le bras. Il grogne :
— Du temps que j’étais gamin, à Porquemignon, jamais on ne faisait de commissions. Tout le monde avait son manger chez soi.
— Mais, monsieur Chuchot…