A quelle porte allait-il pouvoir frapper ? Et puis jamais il n’aurait le courage d’aller chercher son pain.
Il avait soif. En arrivant chez lui il but un grand verre d’eau. Bien qu’il n’eût pas sommeil, il se coucha, parce que la nuit est faite pour que l’on dorme lorsque l’on n’a pas de soucis. Mais, jusqu’au chant du coq, il chercha de quelle façon il pourrait s’arranger. A la fin, il trouva.
Dans la matinée, les gens qui passèrent devant la maison du père Lunettes furent tout étonnés de le voir dans sa cour. Ils lui demandèrent :
— Vous ne travaillez donc pas aujourd’hui, père Lunettes ?
Ah ! si, il travaillait ! Il cassait des cailloux, non plus sur la route, mais dans sa cour ! A soixante-dix-neuf ans, il recommençait son apprentissage ! Il cassait des cailloux, méticuleusement. Lorsqu’il aurait fini, il irait chercher le chef cantonnier pour lui faire voir son travail…
LE DONJON
Lui non plus n’avait pas volé son surnom.
Pourtant nous ne songions guère à parler par antiphrase, Fèvre surtout, que ce seul mot eût fait rêver : toujours parmi les derniers à l’école, il aimait mieux le jeudi tuer des moineaux à coups de lance-pierres qu’apprendre ses leçons pour le lendemain. Mais pour donner des sobriquets il n’avait pas son pareil.
Dans notre manuel d’Histoire de France, au chapitre du Moyen-Age, une gravure représentait un château et une chaumière, avec cet intitulé :
« Le donjon et la cabane du serf. »