— Ça y est ! Allons ! A table !
Ce fut au tour de Poitreau de ne manifester aucun enthousiasme. Il remplit son assiette, porta la cuiller à ses lèvres, une fois, deux fois. Puis, n’y tenant plus, il cria :
— C’est-il pas malheureux, tout de même ! Tu l’as fait exprès de la laisser refroidir ! Oui ! Tu l’as fait exprès !
Elle, qui mangeait tranquillement, haussa les épaules.
— Qu’est-ce qui te prend ? dit-elle. Tu n’avais qu’à ne pas aller à l’auberge !…
Du coup, Poitreau se croisa les bras :
— Alors, moi, Poitreau, je ne pourrai plus prendre un verre, le samedi ? Ah ! non ! Pas de ça ! Faut que ça change ! Ça ne peut pas durer !
Au fond, elle savait qu’il n’abusait pas de l’auberge. Mais elle ne voulut pas avouer qu’elle avait tort. Et puis on n’aime pas voir, autour de soi, les gens trop heureux. Seulement, elle dit, d’une voix qu’elle s’efforça de rendre dure :
— Enfin, qu’est-ce que tu lui trouves de si mauvais ?
Poitreau éloigna de lui le couteau, parce qu’il lui prenait des envies de la tuer. Elle se servit une seconde assiette. Puis, bien qu’il lui en coûtât de faire des avances, elle lui demanda :