— Tu ne finis pas ta soupe ?
Il ne répondit rien. Il se leva, s’assit près du feu, alluma sa pipe, comme s’il eût fait un bon repas. Elle reprit une autre, puis une autre assiette de soupe, jusqu’à ce qu’il ne restât plus une goutte de bouillon, ni une miette de pain. Elle ne toucha ni au lard, ni aux légumes : elle n’en pouvait plus. Puis elle débarrassa la table, alla et vint dans la maison. Il se coucha. Comme le lit ne touchait pas au mur, on y entrait, sans se gêner, chacun de son côté. Mais il ne put pas s’endormir, tandis qu’elle, tout de suite, se mit à ronfler.
Lorsque sonnèrent onze heures, il se dit :
— Je ne peux plus y tenir. Faut que je mange.
Il se leva sans bruit, découvrit le feu, alluma la bougie, prit dans l’arche le pain, le lard et les légumes. D’abord, il réfléchit :
— Je ne vais pas manger beaucoup, de crainte qu’elle le voie demain matin.
Mais la faim l’emporta. Même, il déboucha un litre. De temps en temps, il s’arrêtait de manger pour écouter : rien à craindre. Elle ronflait comme une toupie, ayant copieusement dîné. Poitreau se disait :
— Maintenant, à mon tour !
Sa gaieté revenait, se ranimait comme le feu que, tout-à-l’heure, il avait découvert. De nouveau, il pensait au dimanche. Ce repas, à cette heure, n’était vraiment pas ordinaire. Il se disait :
— C’est tout-à-fait comme après la messe de minuit !