— A quoi donc que pense mon garçon ? se demanda le vieux. Est-ce qu’il serait mort ?

Enfin, il y eut un matin où il écarquilla vainement les yeux : les maçons n’étaient pas à l’ouvrage ! Pourtant il faisait un beau temps de soleil et ce n’était pas dimanche. C’était un jour de semaine comme les autres. Il demanda à la mère Voillot, une vieille de son âge :

— Quoi qu’il y a donc, aujourd’hui, que les maçons ne travaillent pas ?

Car, pour ces vieux qui n’ont fait, toute leur vie, que travailler, que se courber, de l’aube au crépuscule, sur le sol qu’ils fouillent, il n’y a guère de repos que pour Noël, Pâques, et les jours d’hiver où l’on a de la neige jusqu’aux genoux.

— Est-ce que je sais seulement ? répondit la mère Voillot.

Ils vivaient tous les deux, et d’autres avec eux, sans savoir au juste quelle date c’était. Pour eux, tous les jours d’une même saison se ressemblaient. Quand il fallait moissonner, c’était juillet, et le mois d’octobre approchait quand ils se mettaient à arracher les pommes de terre.

Il alla, comme d’habitude, à son champ. Mais malgré son indifférence à tout ce qui ne touchait point sa récolte, il était intrigué. De temps en temps il levait la tête pour regarder. Peut-être les maçons étaient-ils en retard ? Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque M. Camusat passa dans le chemin. M. Camusat était un petit rentier qui, justement, se faisait bâtir cette maison à l’entrée du village. Le vieux l’entendit, se retourna, vint vers la haie de son champ, et lui dit :

— Comment que ça se fait donc, monsieur Camusat, que vos maçons ne sont pas venus aujourd’hui ?

— Mais, mon père Louis, vous ne savez pas que c’est le Premier Mai, la fête des travailleurs, des ouvriers ?

— La fête des travailleurs ?… répéta le vieux qui ne comprenait pas. Ainsi les travailleurs avaient une fête à présent ? Il en tombait des nues.