Mais il n’osa encore pas. Le chien avait ici beaucoup plus d’importance que lui. Nul doute que, si Stop avait pu causer, Georges ne fût pas venu inviter Berlâne.
Il faut voir cette après-midi d’un jeudi d’octobre. Tout le long du chemin qui mène au bois, les feuilles jaunes, pour toujours détachées de leurs branches, volent à l’aventure, égarées. Elles se réunissent au pied de la haie. Les entendez-vous qui se concertent, inquiètes ? Elles ne savent ce qui leur arrive.
Dans le ciel, des nuages d’un joli gris passent si vite qu’on a juste le temps de les voir et de les saluer de loin.
Las de l’été, le soleil commence à prendre du repos, et le vent, que l’on n’a guère entendu depuis l’hiver dernier, se remet à donner de la voix, comme Stop, que voici revenir d’une course folle et qui gambade autour de ses maîtres, autour de Berlâne, qui n’est pas fier.
Berlâne essayait de sourire au chien pour se concilier ses bonnes grâces, mais le moyen de voir sans trembler cette gueule ouverte, langue pendante et dents pointues, de sentir cette chaude haleine passer sur ses mains qu’il ne retirait pas de peur que Stop, s’excitant au jeu, ne s’avisât de les lui happer ?
Mais Robert et Georges n’étaient-ils pas là pour le défendre ? Non : ils ne faisaient pas plus attention à lui qu’à leur chien. Et Berlâne se contentait de les écouter parler de l’école, des tours de force que Lagache exécutait au trapèze et des bons tours qu’il jouait au frère Stanislas. Lagache ? Un parisien dont les parents venaient de s’installer ici. De tous nos camarades c’était certainement celui dont Berlâne et moi nous avions le plus peur. Mais Berlâne se crut obligé de sourire tout le temps que les deux Labrosse en parlèrent : il souriait bien au chien !
Robert dut éprouver un violent besoin d’action. Il bondit en poussant un cri qui ressemblait à un cri de guerre, Georges le suivit. Berlâne, resté seul, hésita d’abord, puis se mit à courir lui aussi. Mais il n’en avait guère l’habitude. Tout de suite essoufflé, il dut s’arrêter : son cœur battait trop fort. Un instant il crut que sa tête allait l’entraîner en avant.
— Eh bien, vrai, lui dit Robert quand il les eut rejoints, tu ne cours pas vite !
Une fois de plus il essaya de sourire ; mais il ne réussit qu’à faire une grimace et ne trouva rien à répondre.