Ils entrèrent sous bois, et par des sentiers boueux aboutirent à l’étang desséché que de récentes pluies avaient légèrement rempli.

Aussitôt qu’elles les eurent entendus, les grenouilles se hâtèrent de sauter dans la vase : s’ils voulaient venir les y prendre, elles les attendaient. Elles ignoraient que Berlâne eût peur d’elles, loin de leur être un ennemi. Il eut un brusque haut-le-corps.

— Tu as donc peur des grenouilles ? lui dit Robert qu’au surplus cela ne surprenait guère.

— Mais non ! répondit-il d’un tel accent que Robert pensa : Nous allons bien rire, et dit à voix basse quelques mots à son frère.

Quelques grenouilles, plus confiantes, étaient restées parmi l’herbe humide. Robert en saisit une et la tint par les pattes de derrière. Berlâne la trouva horrible.

— Tu vois bien, dit Robert, que ce n’est pas méchant.

Il fit un signe à Georges qui maintint Berlâne par les bras, et il rapprocha la grenouille de son visage.

— Non ! Non ! implorait Berlâne en se débattant.

Décidément ils avaient eu une bonne idée de l’amener avec eux : jamais Stop ne se fût effrayé ainsi à la vue d’une grenouille. Et, puisqu’ils le tenaient, ils ne le lâchèrent pas. Ce n’étaient pas de méchants garçons, mais ils ne furent pas maîtres de cet instinct qui souvent pousse les riches à faire des pauvres leurs souffre-douleurs. Positivement Berlâne sentait le pauvre. Et ce n’était pas seulement son attitude, mais son corps même, qui le désignaient comme la victime nécessaire de toutes les plaisanteries et de toutes les persécutions.

Robert ne se contenta point de rapprocher de son visage la grenouille : il la lui promena sur la peau. Berlâne poussa un grand cri, celui que j’aurais poussé dans les mêmes circonstances. Si Georges avait cessé de le tenir, il serait tombé raide. Que c’était amusant ! Robert, jetant la grenouille comme un instrument devenu inutile, se tordait de rire. Il…