Mais qu’y avait-il donc ? Berlâne fermait les yeux ? Pâle d’habitude, il était maintenant plus blanc qu’un mort. Ils le regardèrent tous les deux en même temps.

— Il a tourné de l’œil ! dit Robert. Nous sommes frais ! Va vite tremper ton mouchoir dans l’eau.

Ils lui mouillèrent les tempes.

Deux minutes après il ouvrit les yeux ; mais il ne se reconnut pas tout de suite : il se rendit compte seulement qu’il sentait la vase. Puis il se rappela tout. Stop, assis sur son séant, le regardait : depuis qu’il avait vu de trop près l’horrible grenouille, Berlâne le trouva sympathique.

— Tu peux te vanter de nous avoir flanqué une de ces frousses !… dit Robert. C’était pour rire ! Il fallait nous dire que tu n’es qu’une poule mouillée.

Mouillé, Berlâne l’était en effet. De l’eau avait coulé sur le col de sa chemise et sur sa blouse : Mme Dumas avait bien fait de ne point lui donner sa plus neuve. Il prit son mouchoir et s’essuya. Il n’avait pas encore prononcé une seule parole : il en aurait été incapable. Il frissonnait.

Le soleil, qui se dégagea de derrière les nuages, descendait vers l’horizon occidental. Les arbres, qui n’avaient pas encore perdu toutes leurs feuilles, étaient si serrés les uns contre les autres qu’on devinait plutôt qu’on ne les voyait les obliques rayons de lumière.

C’était l’heure mélancolique qui dans les petites villes et au-dessus des champs va sonner l’arrêt du travail et de la vie. Comme le laboureur qui écoute l’angélus lointain, on se recueille dans le silence ; partout les bougies s’allument comme pour une veillée funéraire, et c’est ainsi que chaque soir semble ramener la fin du monde.

Il sembla soudain à Berlâne qu’une grande tristesse se répandît par les bois désertés, planât au-dessus de l’étang abandonné, et lui entrât dans l’âme. Auprès des deux Labrosse moqueurs ou hostiles, il lui sembla qu’il fût à cette heure à une infinie distance de sa maison. Ses larmes jaillirent.

— Voilà que tu pleures à présent ? dit Robert. C’est le bouquet ! Allons-nous-en, Georges. Il nous suivra s’il veut.