Si Berlâne avait été un enfant grincheux comme on en voit beaucoup, qui se privent de nourriture pour punir leurs parents de les avoir grondés, il serait resté là, tout seul, quitte à avoir peur, pour se venger des Labrosse en les obligeant à revenir sur leurs pas pour le supplier de les suivre. Il n’en fit rien. Il leur emboîta le pas ; Stop était resté derrière ses maîtres pour servir, eût-on dit, de trait d’union entre eux trois. Stop n’était pas méchant ; Berlâne osa lui passer la main sur la tête et ne fut pas mordu.


— Eh bien, mes enfants, vous êtes-vous bien amusés ? leur demanda Mme Labrosse. Mais vous êtes en retard : quatre heures et demie viennent de sonner.

— Nous ne sommes pas payés à l’heure, riposta Robert qui traitait avec sa mère de puissance à puissance. En tout cas, nous ne nous sommes pas ennuyés, n’est-ce pas, Albert ?

— Non, dit Berlâne.

— Qu’est-ce que vous avez fait ? lui demanda Mlle Gertrude qui disposait sur la table de la vaste cuisine — Berlâne n’était pas un invité de marque, — des assiettes et des verres.

Il baissa tout de suite les yeux. Il essaya de répondre, mais en vain, trop ému pour ne pas bégayer : il lui était encore plus difficile d’adresser la parole à Mlle Gertrude que de réciter une leçon. Avec ses yeux presque verts qui luisaient dans son visage fin sous ses cheveux blonds, Mlle Gertrude ressemblait à une jeune fée qui vole en rasant les herbes de la prairie, et son écharpe bleue flotte derrière elle au gré du vent du matin ou de la brise du soir.

— Tu es malade, Albert ? lui demanda Mme Labrosse.

— C’est le grand air. Il n’y est pas habitué, répondit Georges à sa place.

— C’est vrai qu’il ne sort pas souvent, réfléchit Mlle Gertrude.