J’avais plaisir à l’entendre bégayer et bafouiller, confondant les cas des déclinaisons et les temps des conjugaisons. Ses premiers thèmes fourmillèrent de barbarismes, ses premières versions de contresens. A la fin des fins, l’abbé Bichelonne s’emportait et Berlâne, tirant son mouchoir, s’essuyait les yeux. Je haussais les épaules. S’il s’était évanoui, comme le jour de la grenouille, je crois que je l’aurais giflé : peut-être cela l’eût-il fait revenir plus promptement à lui. Moi aussi, plus d’une fois, j’avais pleuré dans cette même chambre. Maintenant encore, maintenant surtout que j’abordais le De viris et que je me dépêtrais tant mal que bien au travers de textes tout exprès, me semblait-il, semés d’embûches, les larmes souvent me venaient aux yeux : l’abbé Bichelonne était prompt à se mettre en colère. Il ne comprenait point que l’on ne comprît pas. Mais devant Berlâne je me tenais à quatre : pour rien au monde je n’aurais voulu qu’il me vît pleurer.

Plus avancé que lui, j’aurais pu l’aider à faire ses devoirs et lui éviter ainsi quelques observations. Je m’en gardais bien. Mais je devins moi-même son professeur, ayant été chargé de lui apprendre à servir la messe.

Il fallait qu’il sût par cœur tous les répons à l’officiant, depuis Ad Deum qui laetificat juventutem meam, jusqu’au dernier Deo gratias. De ses journées il ne perdait pas une minute.

Si ma mère avait de l’estime pour lui, Mme Dumas en avait pour moi. Elle trouvait en moi telle qualité qui manquait à son pauvre Albert. Elle me faisait des confidences comme à quelqu’un qui déjà comprend tout.

— Le soir, me disait-elle, il faut que je le déshabille de force ; autrement il ne se coucherait pas. Ainsi, croyez-vous !…

Parfois elle disait à ma mère :

— Ah ! Madame, si mon Albert ressemblait à votre fils !…

Mais elle, dédaigneuse :

— Ne vous plaignez donc pas, Madame Dumas. Chacun a les facultés que le Bon Dieu lui a données. Et j’aimerais bien mieux le voir obéissant et pieux comme Albert.